Test de plusieurs adhésifs sur l’asclépiade

En mars dernier, je suis passé dans un magasin d’art pour acheter des échantillons de toutes les colles et adhésifs que j’ai pu trouver, afin de les tester sur la fibre d’asclépiade. La seule contrainte était qu’ils devaient être sous forme liquide et pouvoir sécher à l’air libre. Quelques mois ont passé sans que je tente l’expérience, mais cette semaine fut la bonne! Les résultats m’ont grandement surpris.

Premièrement, je vais commencer par expliquer ma méthodologie. J’ai utilisé des grilles en coton, communément appelées tissu à fromage, comme substrat de base pour emprisonner les fibres, qui sont très volatiles rappelons-le. Une fois les fibres bien placées, j’appliquais la colle généreusement, en tâchant de bien la mélanger aux fibres. Dans mon premier essai, des fibres se sont échappées et j’ai tâché de les rassembler pour former un fil, ce qui a très bien fonctionné. Voyons voir les résultats un par un. J’utilise des critères subjectifs de flexibilité, résistance à l’eau, toxicité et confort afin d’effectuer la comparaison.

Colle à bois

Lorsqu’elle n’est pas sèche, la colle à bois (Colle blanche multi-usage Lepage) semble être l’adhésif idéal. Les fibres s’y mélangent parfaitement, leur comportement est surprenant  puisqu’on est habitué qu’elles soient fortement hydrophobes (mais la colle ne contient visiblement pas d’eau). On peut facilement façonner un fil qui tient bien. Cependant, on déchante un peu une fois séché. Le résultat est extrêmement cassant, comme si la colle a trop attaqué chimiquement les fibres.

Flexibilité : 1/5

Résistance à l’eau : Oui

Toxicité : Non

Confort : 2/5

Mod Podge

Le Mod Podge (Mod Podge fini mat) est beaucoup plus liquide à l’application que la colle, et donne l’impression de moins bien tenir sur la fibre, probablement parce qu’il contient de l’eau. Par contre, une fois séché, le résultat est impressionnant : les fibres conservent leur souplesse et leur brillance, tout en ayant plutôt bien fusionné. Seul hic : il se dissout complètement une fois plongé dans l’eau, ce qui empêche son usage dans le textile.

Flexibilité : 3/5

Résistance à l’eau : Non

Toxicité : Non

Confort : 4/5

Medium glacis clair

Le medium glacis clair (Jo Sonja clear glaze medium surface sealer) a une viscosité qui se situe entre celle de la colle et du modpoge, et ressemble à une peinture transparente. On peut facilement façonner un fil à la manière de la colle. Une fois séché, le fil garde sa souplesse et sa brillance, ce qui signifie que la fibre est peu attaquée. Problème : ne se trouve plus au Omer DeSerre.

Flexibilité : 3/5

Résistance à l’eau : Oui

Toxicité :  contient du propylène glycol et de l’hydroxide d’ammonium (aucune idée de la concentration), mais je ne sais pas si c’est toxique, ça semble être correct.

Confort : 4/5

Médium textile

Le médium textile (Ceramcoat médium textile) ressemble beaucoup au médium glacis clair. Cependant, il ne permet pas de façonner aussi bien un fil à l’application. Une fois séché, la fibre conserve ses propriétés. Il ne résiste pas vraiment bien à l’eau, bien que je n’ai pas suivi le protocole de l’étiquette disant qu’il faut attendre 7 jours avant de laver le tissu (trop long, à un moment donné).

Flexibilité : 3/5

Résistance à l’eau : Non

Toxicité : Non

Confort : 4/5

Peinture acrylique pour cuir

La peinture acrylique pour cuir (DecoArt Patent Leather Paint) a été un essai chanceux puisque visiblement, ce produit est fait pour être utilisé sur du cuir, qui a des propriétés bien différentes des fibres de l’asclépiade. Pourtant, un peu comme avec la colle, les fibres semblaient directement se prêter à la fabrication d’un fil dès l’application. Une fois séché, la couleur bleue reste vraiment tenace. Les fibres conservent une flexibilité et semblent même beaucoup moins cassantes qu’à l’origine.

Flexibilité : 3/5

Résistance à l’eau : Oui

Toxicité : Non

Confort : 3/5

Colle caoutchouc

La colle caoutchouc (Elmers) a été choisie plutôt dans une tentative d’être exhaustif et de ne laisser de côté aucune alternative, bien que son caractère poison et inflammable soit rébarbatif. À l’application, une odeur forte se dégage, mais j’avais prévu le coup en plaçant mes tests dans une pièce à part et bien aérée. Cela vient avec un pinceau et je ne l’ai pas autant manipulé que les autres, ce qui laisse la comparaison un peu délicate. Un fois séché, les fibres sont bien collées, bien qu’il ait été difficile de les enrober complètement d’adhésif. Elles conservent parfaitement leur propriété hydrofuge.

Flexibilité : 4/5

Résistance à l’eau : Oui

Toxicité : Oui ++

Confort : 2/5

Conclusion

Pour mon application, qui est d’éventuellement faire un textile d’asclépiade, seuls deux adhésifs ont passé le test : le médium glacis clair et la peinture acrylique pour cuir. Ils ont en commun de fonctionner sur une base d’acrylique, qui semble avoir une bonne compatibilité chimique avec la cellulose de l’asclépiade. Ce sera donc à investiguer davantage, mais je crois avoir bien cerné mes recherches. Le hic, c’est que ce sont deux produits assez chers (4,5$ pour 60ml), mais probablement qu’une très faible quantité est véritablement nécessaire pour bien coller les fibres, dépendamment de la méthode d’application qui reste bien évidemment à optimiser. Le fil résultant sera donc inévitablement un composite synthétique-asclépiade, avec tous les avantages et inconvénients que cela comporte. La capacité d’utiliser des peintures colorées est tout de même très intéressant, et la résistance accrue aux contraintes mécaniques que confère l’adhésif permet de rendre filable une soie extrêmement fragile et lisse, tout en conservant ses propriétés isolantes et hydrofuges.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *