Premiers résultats du polarimètre

Avec le laser stabilisé en température et le polarimètre version 1, j’ai pu mesurer les états de polarisation suivants :

Mélange de deux polarisations (non polarisé)

Le signal est théoriquement une ligne DC. Ici, une polarisation est légèrement plus importante qu’une autre. Il y a aussi un effet de léger désalignement entre le plan de la lame quart d’onde qui tourne, ce qui fait bouger un tout petit peu le faisceau sur la photodiode.

Explication : la lame quart d’onde a soit aucun impact (zéro degré par rapport à la polarisaion), soit transforme une partie en polarisation circulaire. Puisque les deux polarisations orthogonales ont une intensité égale, la moitié passe le polariseur devant la photodiode et le signal reste constant.

Polarisation horizontale

Dans le cas de la polarisation horizontale, le signal sinusoidal oscille au-dessus d’une valeur DC qui correspond à la moitié de l’intensité.

Explication : La lame quart soit n’a aucun impact (signal maximal, toute la polarisation passe le polariseur devant la photodiode), soit retire la moitié du signal lorsqu’elle est à 45 degrés (la polarisation est complètement transformée en circulaire, et le polariseur filtre la moitié du signal).

Polarisation verticale

Pour la polarisation verticale, le signal sinusoidal oscille entre zéro et la valeur de la moitié de l’intensité

Explication : La lame quart d’onde soit n’a aucun impact, à zéro degré (le polariseur bloque complètement la polarisation à 90 degrés, signal à 0), soit elle convertit complètement le signal en polarisation circulaire lorsqu’elle est à 45 degrés (le polariseur en filtre la moiité et le signal est à 1/2 de la valeur d’intensité).

Transition entre les deux polarisation orthogonales

Polarisation circulaire

Dans le cas de la polarisation circulaire, la fréquence du sinus, pour une même vitesse de moteur et d’échantillonage de la photodiode, la période double et le signal oscille entre zéro et la valeur maximale. La lame quart d’onde est placée à 45 degrés de l’axe de polarisation du laser.

Explication : La polarisastion circulaire est convertie en polarisation linéaire par la lame quart d’onde, qui tourne ensuite l’axe de polarisaion linéaire. Cela prend donc une rotation de 90 degrés pour passer d’un maximum à un minimum, parce qu’elle passe à travers un autre polariseur linéaire. La période est deux fois plus grande parce que la lame quart d’onde doit tourner deux fois plus (90 degrés vs 45 degrés).

Mélange entre polarisation linéaire et circulaire

On voit la multiplication des deux fonctions sinusoidales, une fréquence deux fois plus rapide de faible amplitude, et une fréquence de plus grande amplitude.

Développements futurs

Le moteur utilisé est simplement un moteur DC sans encodeur et sans régulation de vitesse, ce qui crée des variations, et l’orientation absolue n’est pas accessible. Pour différencier entre la polarisation linéaire et la polarisation circulaire, on remarque que l’information en fréquence est importante. En faisant la transformée de Fourier, on pourrait retrouver le poids des composantes circulaires et linéaires.

Si on s’attend à n’avoir que de la polarisation linéaire, le système proposé par siliconsam dans son laser régulé en température fonctionne mieux, car on peut échantillonner simultanément les deux états, à l’aide d’un cube beamsplitter polarisant et de deux photodiodes, le tout sans pièces mécaniques et sans traitement de signal, ce qui rend le tout très simple.

La position angulaire absolue de la lame quart d’onde permettrait de différencier entre les deux polarisation circulaires (gauche et droite) qui sont décalés en phase de 90 degrés. En ce moment, en regardant seulement le signal sinusoidale sans tenir en compte de l’angle, c’est impossible de voir la différence, parce que le signal passe de zéro au maximum d’intensité dans les deux cas.

L’information en phase et en fréquence est donc aussi importante que l’intensité dans le temps. Le premier débroussaillage est fait, pour la suite, une meilleure optomécanique est nécessaire.

Stabilisation des modes d’un laser He-Ne

En 2016, pour compléter mon projet d’interféromètre de Michelson, j’avais acheté un laser HeNe en kit, sur ebay. Le tube était tout nu, le power supply était fourni, et le tout venait avec des pièces d’électronique pour stabiliser les modes de polarisation du laser. Puisque la polarisation avait peu d’impact dans mon interféromètre, j’ai simplement utilisé le tube tel quel, en obtenant des bons résulats (ma vidéo ici : https://youtu.be/Cea9mbSiblM )

Récemment, dans mon expérience avec mon polarimètre, j’ai observé une oscillation entre deux polarisations linéaires orthogonales. Le tout se comporte comme si le système est une somme de deux ondes avec une polarisation en x et y (selon une orientation spatiale arbitraire autour de l’axe du faisceau) qui oscillent. En lisant un peu, justement sur le site du kit de stabilisation, j’ai compris que lorsque le laser se réchauffe, le gain est plus élevé pour une polarisation qu’une autre, ce qui fait qu’elle domine momentanément l’émission. Puisque le tube contenant le gaz est à l’intérieur d’un autre tube, ce réchauffement prend une éternité et est soumis aux variations des conditions environnementales (convection, etc.). L’idée de sliconsam (pseudo sur ebay) alias repairfaq.org, est de chauffer le tube en se régulant sur les valeurs des deux polarisations. Pour cela, il utilise un polarizing beam splitter cube orienté de manière à respecter l’orientation naturelle des deux modes du laser. Les instructions se trouvent ici : http://repairfaq.org/sam/manuals/stabins5.htm

Le schéma électronique est le suivant :

Source : http://www.repairfaq.org/sam/uSLC1/uSLC1.htm

Une fois assemblé, ça ressemble à ceci :

J’ai rajouté un ampli transimpédance pour diminuer le bruit. Mon montage optique ressemble à un gros blob de colle, et fixé avec un tie-wrap sur le miroir du faisceau secondaire (ne le dites pas à personne, c’est un peu gênant).

Optique et électronique pour la stabilisation du laser. En vert, le miroir du laser, le cube dépasse un peu du motton de colle chaude. Les deux photodiodes sont à même la surface. Le tout tient à un angle d’environ 15degrés par rapport à l’horizontale, défini par la partie du laser qui a l’entrée de remplissage du gaz.

La pièce imprimée en 3D est celle-ci, mais elle marchait moyen, c’était juste pour me donner une base :

$fn=50;
//rotate([0,90,0]){
difference(){
cube([13,15,15],center=true);
#translate([-6.5,-7.5,0]) cube([13,15,10]);
translate([7,0,0]) rotate([0,-90,0]) cylinder(d=6.5,h=5); //miroir du laser
cube([4.5,4.5,4.5],center=true); //polarizing beam splitter
translate([0,-4.5,0]) cube([7,6,4.5],center=true); //photodiode
translate([-4.5,0,0]) cube([5,7,4.5],center=true);
}

Dans la version actuelle de ce kit, siliconsam fournit un pcb qui contient déjà cet assemblage un peu délicat. Mais toujours pas de manière de le fixer au tube. Bref mon montage n’est pas idéal, mais il fonctionne bien. Le résultat final ressemble à ceci (en incluant ma monture pour ajuster les angles et la hauteur déjà assemblée de mon projet d’interféromètre) :

En utilisant le firmware déjà présent sur l’arduino, qui contient entre autres un PWM (je n’ai pas lu tous les détails), j’ai réussi à observer l’évolution du réchauffement. On voit clairement une accélération de l’oscillation lorsque l’on part le heater, puis un ralentissement lorsque l’algo de stabilisation commence à embarquer.

Source : http://repairfaq.org/sam/manuals/stabins5.htm

Contrairement aux promesses, je n’ai pas réussi à obtenir un lock parfait, cela durait quelques minutes, puis le laser sortait de sa zone de stabilité et recommençait à osciller. Peut-être qu’il y a un bug, je vais essayer d’updater le firmware. Il y a aussi le fait que je l’ai utilisé en hiver avec une température externe démesurément basse de notre mois de janvier, dans une pièce propice aux courants d’air. En outre, le tube n’est pas isolé plus qu’il faut. Prochaine étape, faire un boitier pour tout ça qui isole mieux des conditions environnementales tout en permettant la flexibilité du montage. Peut-être que ça aiderait aussi le délai avant l’obtention d’un lock, qui était d’environ 45min-1h. Disons qu’il ne faut pas être pressé avant de faire des mesures! En tout cas, c’est très intéressant d’avoir un laser contrôlé en polarisation, pouvant fournir l’une ou l’autre sur demande, avec une stabilité en intensité qui dure plusieurs minutes.

Assemblage d’un polarimètre à lame quart d’onde rotative

Le mois passé, je suis tombé sur une boîte contenant du matériel optique que j’avais acheté au bac, inspiré par les laboratoires de Travaux pratiques d’optique photonique et de Fibre optique. Il y avait un paquet de lames quart d’onde en mica (spruce pine mica co part no 1000-0236), une paire de polariseurs circulaires provenant de lunettes de cinéma 3D, et une feuille de polariseur linéaire dichroique. Partant de ce matériel et d’un schéma rudimentaire du polarimètre de thorlabs :

Source : thorlabs.com/newgrouppage9.cfm?objectgroup_id=1564

je me suis dit que j’avais assez d’information en main pour construire mon propre polarimètre, pour la modique somme de pas mal moins que le 5861$US de la version de Thorlabs (ou encore 6750$US pour celui d’Edmund).

La complexité de l’optomécanique réside dans le fait que l’on veut faire tourner la lame quart d’onde selon son axe central, qui est aussi l’axe optique; autrement dit, l’axe de rotation doit être dégagé de tout matériel. C’est pas un requis très commun dans le monde de la mécanique et de la robotique. Après avoir investigué rapidement comment faire tourner un bearing sur lui-même sans grand succès, je suis tombé sur ce kit : Servocity Gear Drive Pan Kit for 37mm Spur Gear Motor. Il est vendu comme la base d’un systèm pan/tilt vertical (axe de rotation autour du z). La particularité est que l’axe central est un tube avec des bearings extérieurs, ce qui est parfait pour mon assemblage.

J’ai imprimé une première pièce pour coller ma lame quart d’onde avec de la colle blanche ordinaire :

$fn=50;
difference(){
cylinder(d=31.5,h=2);
cylinder(d=13,h=2);
}

La lame quart d’onde située à l’intérieur de la pièce rotative, fixée à l’aide de la monture imprimée en 3D

J’ai également placé une photodiode et un polariseur linéaire dichroique pour compléter l’assemblage.

Le polariseur est collé sur la monture du mileu, lui aussi avec de la colle blanche. La photodiode est collée sur la plaque arrière avec de la colle chaude.

Monture pour le polariseur :

$fn=50;

difference(){
cube([42,42,7]);
translate([8,8,0]) cube([26,26,7]);
translate([5,0,7/2]) rotate([-90,0,0]) cylinder(d=4.5,h=42);
translate([42-5,0,7/2]) rotate([-90,0,0]) cylinder(d=4.5,h=42);
}

Monture pour la photodiode :

$fn=50;

difference(){
cube([42,42,7]);
translate([18,0,3]) cube([6,24,4]);
translate([5,0,7/2]) rotate([-90,0,0]) cylinder(d=4.5,h=42);
translate([42-5,0,7/2]) rotate([-90,0,0]) cylinder(d=4.5,h=42);
}

La photodiode est branchée dans un ampli transimpédance au gain ajusté correctement avec une résistance. La sortie est envoyée à un analog input de l’arduino. Le sketch utilisé est simplement l’exemple Graph :

void setup() {
// initialize the serial communication:
Serial.begin(9600);
}

void loop() {
// send the value of analog input 0:
Serial.println(analogRead(A0));
// wait a bit for the analog-to-digital converter to stabilize after the last
// reading:
delay(2);
}

Avec le delay pour ajuster la fréquence d’échantillonage (ici, 500Hz). J’utilise la fonction traceur série intégré à l’IDE (outils -> traceur série)

Un moteur DC de 37mm de diamètre, 1100 rpm et 12V est utilisé avec une simple source de puissance à plusieurs voltages, ce qui permet de sélectionner sa vitesse. L’engrenage du système pan a un ratio 4.2:1 et j’opère le moteur à basse vitesse, environ 30rpm. Dû au couplage inconstant entre les engrenages et la friction, une petite variation dans la vitesse de rotation est observée, ce qui affecte la précision de la lecture de polarisation. Dans une version ultérieure, on pourrait utiliser un stepper qui fournirait une bien meilleure précision angulaire.

C’est un premier prototype pour identifier les défis à relever pour la suite. Dans un prochain article, je parlerai des mesures obtenues.